INSTAUREZ LA
CRÉATIVITÉ SYSTÉMIQUE DANS VOTRE ENTREPRISE
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Chapitre 1 – LES FONDEMENTS DE LA CRÉATIVITÉ SYSTÉMIQUE |
QU'EST-CE QUE
LA CRÉATIVITÉ ?
.bmp) Dans
l’application du processus et des techniques
de créativité, la pensée procède d'une façon
spécifique. C'est comme si elle faisait un
bond, une gymnastique, qui l'amèneraient à
passer alternativement, comme un moteur à
deux temps, du mode de pensée mentale et
logique habituel au mode de pensée intuitive
et imaginaire : logique - intuition -
logique...
Deux objets, deux concepts, deux phénomènes
que nul n'avait jusqu'ici songé à
rapprocher, se superposent tout à coup l'un
à l'autre pour donner naissance à un nouvel
objet, un nouveau concept, un nouveau
produit.
Ainsi, c’est dans sa baignoire qu’Archimède
a résolu l'énigme liée au calcul précis du
volume de la couronne du roi Hiéron. Et
c’est en observant le fonctionnement des
chardons qui s'agrippent aux vêtements que
Georges de Mestral, ingénieur suisse, a
inventé le Velcro. Dans les deux cas, ces
créatifs ont développé leur concept au moyen
du processus et des techniques de
créativité.
C'est ce que
Koestler appelle la "bisociation". De Bono
met ce principe en évidence dans la pensée
latérale (Lateral thinking). Pour Moles, la
créativité est l'aptitude particulière de
l'esprit à réarranger d'une façon originale
les éléments du champ de conscience. Jung
disait que le nouveau dans l'âme
individuelle est une recombinaison variée à
l'infini de composantes anciennes. Einstein
prétendait que le jeu combinatoire est la
caractéristique essentielle de la pensée
créative. Enfin, Gordon écrit qu'il s'agit,
par ce mécanisme, de mettre en parallèle des
faits, des connaissances, des disciplines
différentes.
Ces exemples nous amènent à conclure
que la créativité est
un processus servant à la transformation
d'intrants, c'est-à-dire de connaissances, en extrants ou solutions à
valeur ajoutée.
Elle fait donc appel aux
forces vives de l'entreprise et sert à
relever des défis à la fois nouveaux et
uniques.
Ce processus de transformation se déroule en
3 phases : la phase de la divergence ou de
la créativité, la phase de la convergence ou
de l’innovation et la phase de l’émergence
ou de l'exécution et la mise en marché.
Le processus de divergence consiste à
identifier un nouveau défi, réaliser une
analyse approfondie de la situation et
générer de nouvelles idées. Le processus de
convergence est complémentaire et cherche à
évaluer les idées et développer de nouvelles
solutions. Le processus d’émergence, quant à
lui, sert à implanter les solutions retenues
et à les mettre à la disposition du marché.
POURQUOI LA CRÉATIVITÉ EST-ELLE SI IMPORTANTE POUR L'ENTREPRISE ?
La mondialisation des marchés a engendré un
mouvement de compétition très fort entre les
continents et les nations.
L’Inde et l'Asie, particulièrement la Chine,
sont devenues
soit une menace pour les entreprises qui hésitent ou négligent de
s'adapter au changement (textile, meuble…),
soit une opportunité pour celles qui veulent
innover en mettant leurs savoirs en valeur.
Le Cirque du Soleil et le fabricant
d'articles de sport Louis Garneau sont des
exemples d'entreprises qui se sont adaptées
à cette nouvelle réalité.
L'époque de la révolution industrielle est
révolue. Nous sommes à l'ère d'une économie
nouvelle, celle du savoir. Le rythme
accéléré du changement qui en découle
pénalise les entreprises qui se contentent
d’innover à court terme, de manière
sporadique, au hasard des évènements.
Pour survivre et prospérer, nous nous devons
maintenant de créer et innover à long terme,
de manière continue.
Nous devons le faire aussi régulièrement et
naturellement que le besoin de respirer de
l’être humain.
Selon le gourou Peter Drucker, l'innovation continue est
devenue une compétence "core" et une
nécessité incontournable dans le rôle du
dirigeant face au développement de son
entreprise
Du point de vue de la planification
stratégique, par ailleurs, les efforts que
nous consacrons à vouloir protéger nos
avantages compétitifs ne doivent pas nous
distraire de l'absolue nécessité d'investir
sur le plan de la créativité et innovation.
À vouloir trop longtemps s'assoir et se fier
sur ses avantages compétitifs pour contrer
la compétition et se développer,
c'est comme si, à l'aide de pelletées de
sable, l’on tentait d'empêcher la marée
montante de suivre son cours.
Nous sommes confrontés à un enjeu vital :
créer, innover ou disparaître.
POURQUOI LA CRÉATIVITÉ
EST-ELLE SI IMPORTANTE POUR L'INDIVIDU ?
Maslow distingue cinq grandes catégories de
besoins chez l’individu : les besoins
physiologiques, de sécurité, d’appartenance,
d’estime et d’accomplissement. Il considère
que l’individu passe à un besoin d’ordre
supérieur quand les besoins des niveaux
inférieurs sont satisfaits.
Les besoins physiologiques forment la base
de la pyramide et
sont directement liés à la survie des individus
ou de l’espèce. Ce sont typiquement des
besoins concrets (faim, soif,
sexualité,...).
Le besoin de sécurité consiste à se protéger
contre les différents dangers qui nous
menacent. Il s’agit donc d’un besoin de
conservation et s’inscrit dans une dimension
temporelle.
Le besoin d’appartenance révèle la dimension
sociale de l’individu qui a besoin de se
sentir accepté par les groupes dans lesquels
il vit (famille, travail, association, ...).
Le besoin d’estime de soi et des autres
prolonge le besoin d’appartenance.
L’individu souhaite être reconnu en tant
qu’entité propre au sein des groupes
auxquels il appartient.
Le besoin de s’accomplir est, selon Maslow,
le sommet des aspirations humaines. Il vise
à sortir l'humain d’une condition purement
matérielle pour l'élever à un niveau
d'épanouissement supérieur au moyen de la
créativité.
Au sommet de la hiérarchie des besoins de
Maslow, l a
créativité répond à un besoin fondamental de
l'individu. Elle culmine avec le désir
d’accomplissement qu'il cherche à
satisfaire. Cette tendance vers
l'actualisation de soi signifie que l'être
humain veut devenir de plus en plus ce qu'il
est et ce qu'il est capable d’être.
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Figure 1 - Pyramide des besoins de Maslow
Quelle importance les entreprises
accordent-elles à ce besoin de réalisation
et à l'exploitation du potentiel créatif de
leurs ressources humaines ? À titre
d'exemple, dans le cas de la société Toyota,
les statistiques sont révélatrices à ce
sujet : au cours de la dernière année, les
employés ont apporté une moyenne de 100
améliorations aux produits et procédés de
fabrication de l’entreprise.
LES PRINCIPAUX FACTEURS QUI INTERAGISSENT
DANS LE CADRE DE LA CRÉATIVITÉ ET INNOVATION
Le diagramme ci-devant représente les
connexions sémantiques entre les différents
niveaux d'intervenants et les étapes des
deux processus de divergence et de
convergence de la créativité et innovation.
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© Tous droits réservés. Cette carte a été
réalisée par Michel Bélanger, Créativité
Québec
Dans ce diagramme, on démontre que la
créativité et l’innovation sont deux
processus distincts. Le processus de
créativité sert à rompre avec les manières
de penser et de faire habituelles et à
générer des idées nouvelles. Ce processus se
déroule à travers quatre phases successives,
soit la cueillette de données brutes, la
recherche d'une inspiration (insight), la
rencontre avec une idée nouvelle et le
développement d’un nouveau concept (breakthrough).
Le processus
d'innovation consiste à implanter ces
concepts et à changer l'ordre des choses. Il
fait en sorte de transformer les idées
nouvelles dans le but de répondre aux
besoins du marché. Le processus d'innovation
porte sur un ensemble d'étapes, soit l'étude
de faisabilité, la fabrication d'un
prototype, la mise en place d'un banc
d'essai servant à tester le concept, le
développement d'outillages et de méthodes de
fabrication (CAO, FAO...), la mise en
production et la commercialisation.
La
créativité a cours à trois niveaux
d'interventions différents : la créativité
individuelle, la créativité appliquée par
les coalitions et les groupes de travail et
la créativité exercée par les organisations
et qui consiste à supporter les initiatives
des individus et des groupes.
Au
niveau des individus, la créativité se
manifeste lorsque ceux-ci prennent
conscience de l’étendue de leur potentiel
créatif et agissent ensuite de façon à
l’exploiter au maximum. Leurs interventions
sont directement associées à chacune des
quatre dynamiques du processus créatif :
motivation et passion, curiosité et aventure
dans l'inconnu, remise en question du statu
quo et évaluation constructive des idées. À
ce niveau, notre attention se porte
particulièrement sur les attitudes, les
freins et les techniques propices à
l'exploitation de leur potentiel de
créativité.
La
créativité touchant les coalitions et des
groupes de travail a lieu au cours du
processus qui consiste à transformer les
idées en concepts ou solutions nouvelles.
Elle est intimement liée aux trois aspects
qui déterminent le niveau de cohésion et de
performance des équipes de créativité: leur
compétence au niveau des contenus à traiter,
la qualité de leurs relations
interpersonnelles, la capacité de
s’auto-évaluer, l’application judicieuse des
techniques de créativité.
Enfin,
pour assurer son succès, l’organisation doit
pouvoir fournir aux employés les ressources
requises de manière à ce qu'ils puissent
performer au meilleur de leurs capacités.
L'entreprise verra à développer une culture
et un climat propice à l'exploitation du
potentiel des employés ainsi qu'une
structure favorisant leur participation au
processus de créativité et innovation.
Enfin, elle apportera une attention toute
particulière à la création de réseaux de
collaborateurs provenant de son
environnement externe dont ses clients et
ses fournisseurs ainsi que les laboratoires
de recherche, les institutions
d'enseignement supérieur et les firmes de
consultants.
POURQUOI FAUT-IL
ÉRIGER LA CRÉATIVITÉ EN SYSTÈME ?
 Pour
implanter la créativité dans l'entreprise, il faut l'ériger en système. La
créativité est devenue l'objet d'un nouveau visage, d'un nouveau langage, d'un
nouveau modèle de gestion. Ce système, nous le désignons sous le nom de
Créativité systémique.
Dans une entreprise de 10 000
employés, il n'y a pas que 100 personnes appartenant à une classe de créatifs et
9 900 autres qui ne font qu'exécuter. Pourquoi réduire ce potentiel à un ratio
de 1% alors qu'on sait que le pouvoir de créer chez tout individu est inné.
Exemple : la réceptionniste peut jouer un rôle très créatif dans ses
interventions d'accueil auprès des clients de l'entreprise.
Les avantages qu’apporte
l’instauration de la créativité systémique dans l’entreprise sont nombreux.
Elle constitue un pôle d'attraction majeur pour les investisseurs, crée de
nouvelles opportunités, de nouveaux produits et de nouveaux marchés, favorise le
recrutement et assure la rétention de personnes compétentes et créatives.
La créativité systémique est un
état d'esprit, une philosophie et une stratégie de gestion.
Comme c’est le cas pour une
communauté, une région, une nation, l’entreprise est un système de créativité.
Elle fait appel à la capacité de créer et d'innover de tous les acteurs avec
lesquels elle est associée, c’est-à-dire ses employés ainsi que ses partenaires
externes (clients, fournisseurs, autres entreprises, centres de recherche,
institutions d’enseignement). Elle les mobilise et les amène à se surpasser et à
faire en sorte, par l'effet de la synergie, que leurs contributions s'insèrent
dans l'ensemble des efforts de l'organisation et de la communauté à laquelle ils
appartiennent. À son summum, cette synergie agit à la manière d'un "Big Bang".
Elle a pour effet de propulser l'entreprise dans une sorte d'univers sans
frontière, aux horizons illimités.
Elle s'imprègne dans
l'organisation et devient, avec le temps, la préoccupation de tous.
Elle s'intéresse au long terme et
s'exerce sur une base permanente et non pas de façon sporadique et au rythme des
crises.
Elle doit être omniprésente, avoir
lieu à tous les niveaux, dans tous les services et champs d'activités de
l’entreprise. Elle doit s'étendre auprès de ses fournisseurs et clients.
Elle s’instaure d’abord sur le
plan horizontal de manière à favoriser les contacts et les échanges d’idées
entre les directions fonctionnelles de l’entreprise d’une part, et entre
celles-ci et les autres acteurs de leur environnement externe, c’est-à-dire leur
système d’innovation local, régional, national ou international auquel elles
appartiennent, les centres de recherche, les institutions d’enseignement, les
organismes de développement économique, les consultants, les agences de capital
de risque, les fournisseurs, les clients et les autres entreprises. Elle
requiert aussi que le leadership des dirigeants au sommet de l’organisation,
s’exerce graduellement vers le bas, à petite dose, à tous les jours, avec
subtilité, en faisant en sorte que tous les employés s’impliquent avec passion
et manifestent auprès de leurs collègues et clients un esprit d’ouverture et de
collaboration exemplaire.
La créativité systémique s'intéresse
à deux types d'innovation, soit l'innovation incrémentale ou télescopique et
l'innovation radicale ou de rupture :
L'innovation
incrémentale
fait appel à des investissements peu élevés.
Ceux-ci portent généralement sur des
changements mineurs
(améliorations apportées aux produits de
consommation et d'utilité tels que
l'automobile, l'imprimerie, l'habitation,
l'alimentation, les loisirs et autres).
Leurs impacts sur les
produits, les services et les processus sont
restreints : réduction des coûts, plus
grande efficacité au niveau des méthodes
d’opération et amélioration de la qualité.
Sur un plan plus stratégique, elle permet,
entre autres, de neutraliser les tactiques
de la compétition et de mieux répondre aux
besoins de la clientèle.
L'innovation
radicale
met le focus sur des changements de nature révolutionnaire
(création de nouveaux concepts tels que le
guichet automatique, le réseau internet, la
fibre optique, le téléphone cellulaire, le
design informatisé 3D, le GPS par satellite,
etc.). Les structures
d’entreprise et de marché en sont souvent
affectées. Par exemple, la stratégie de Dell
Computer de vendre directement au
consommateur a chambardé l’industrie des
ordinateurs. Avec l'avènement du MP3, Napster a révolutionné l’industrie de la
musique. Peu d’entreprises s'impliquent en
jouant un rôle actif dans ce type
d’innovation.
La créativité systémique est un
processus de "destruction créatrice". Ce processus part du principe que pour
survivre et croître davantage, l'entreprise doit mourir à elle-même et renaître
sous une forme novatrice à chaque instant de son existence. C'est ici que le
slogan propre à Créativité Québec inc. "créer, innover ou disparaître : un enjeu
vital" prend tout son sens.
|
n de la créativité systémique
font l'objet d'
|
LES SIX
CONSIDÉRATIONS ESSENTIELLES À RETENIR
CONCERNANT LA CRÉATIVITÉ SYSTÉMIQUE
Dans mes interventions de formation en matière de créativité
et innovation, l’un des buts que je poursuis consiste à convaincre les
entreprises de la nécessité absolue de créer et innover de façon systémique,
permanente et à long terme à chaque niveau et dans toutes les directions
fonctionnelles de l’organisation. Je commence généralement mes interventions en
mentionnant les six considérations essentielles qui sous-tendent le processus
créatif. Je les définirai brièvement comme suit :
1. Il n’existe pas de recette pour la
créativité systémique
Il n’y a pas de recette fixe pour
l’ensemble des entreprises qui souhaitent implanter la créativité systémique. Ce
domaine est toujours au stade embryonnaire dans son application et par
conséquent ne dispose pas de pré requis ou « benchmarks » servant à assurer son
implantation. En fait, l’expérience nous démontre qu’il serait illusoire de
tenter de développer des formules spécifiques à son implantation pour l’ensemble
des entreprises avant qu’au préalable des guides plus complets facilitant son
application soient connus. Chaque entreprise doit donc développer un cadre
d’implantation qui réponde à ses besoins propres.
2. La créativité et
l’innovation sont deux concepts différents
Même si les gens utilisent
indifféremment ces deux termes, la créativité et l’innovation sont deux concepts
distincts. Malgré le fait que ces deux concepts soient complémentaires, chacun
d’eux demande des traitements différents et fait appel à une science différente.
Comme l’indique Teresa Amabile du Harvard Business School, une autorité en cette
matière, le processus créatif sert à générer des idées nouvelles alors que le
processus d’innovation sert à implanter ces idées et à changer l’ordre des
choses. La créativité sert particulièrement à rompre avec les manières de penser
et de faire habituelles dans le but d’en créer de nouvelles. L’innovation
consiste à transformer les nouvelles idées dans le but de répondre aux besoins
du marché. Elle fait appel à une plus grande capacité d’effort dans son
application qu'une simple démarche d’amélioration continue.
3. La créativité
est le propre des individus, des équipes de travail et des organisations
La créativité systémique a lieu dans
trois arènes différentes : la créativité individuelle, la créativité appliquée
au niveau des groupes et des coalitions et la créativité venant des
organisations qui consiste à supporter les initiatives des individus et des
groupes. Au niveau des individus, la créativité systémique a lieu lorsque
ceux-ci prennent conscience de l’étendue et de la richesse de leur potentiel
créatif et agissent ensuite de façon à l’exploiter jusqu’à son plus haut degré
d’intensité. La créativité au niveau des coalitions et des groupes de travail
est amorcée au cours du processus fragile de transformation qui les amène à
passer de la créativité à l’innovation. Enfin, pour assurer son succès,
l’organisation doit se préparer à fournir ce qui est requis sur le plan des
ressources, des stratégies et du climat de travail afin d’encourager les
individus et les groupes à performer au meilleur de leurs capacités.
4. La créativité dépend du climat dans
lequel sont placés les individus
Le climat de travail a une influence
majeure sur le succès de la créativité. La créativité n’a pas lieu dans le vide,
elle a besoin d’un environnement sympathique. Pourquoi ? Parce que les individus
ont besoin d’opérer dans un climat qui leur est propre, qui permet de développer
leur potentiel créatif et qui les protège contre l’indifférence et l’hostilité
des pourchasseurs d’idées, ceux qui sont aux aguets et attendent toujours
l’occasion de brimer la liberté d’expression et les initiatives des créatifs et
des pionniers autour d’eux. Les entreprises doivent transformer le climat de
travail des employés de manière à supporter leurs initiatives créatives à
travers l’ensemble de l’organisation.
5. La créativité
systémique fait appel au leadership de tous
Tous les individus de l’organisation
sont potentiellement en mesure d’user de leadership en matière de créativité. En
créativité systémique, on ne fait pas de distinction artificielle entre les gens
créatifs et les autres. Nous pouvons tous être créatifs. Chacun est responsable
de générer des idées et de faire en sorte de les développer pour en faire des
innovations utiles. Une réceptionniste autant qu’un dirigeant peut se rendre
compte qu’un client n’est pas satisfait des services qu’on lui rend, créer un
idée pour répondre à son besoin et faire en sorte qu’elle soit mise en pratique.
Quiconque prend une telle initiative exerce de l’influence.
6. La
créativité comprend quatre dynamiques critiques
Quatre dynamiques interactives
sous-tendent la créativité : la motivation et la passion; la curiosité et la
peur de l’inconnu; la destruction et la reconstruction créatrices, c’est-à-dire
l’action d’améliorer les choses ou d’en créer de nouvelles et, pour finir,
l’évaluation. Le recours fréquent à ces dynamiques servira de guides aux
individus, aux groupes et aux organisations dans l’application du processus de
créativité et innovation. Ultimement, ces dynamiques sont l’énergie, les
pulsions, l’intelligence vive et la source de la créativité systémique. Elles
agissent au plus profond des individus, des groupes et des organisations en les
poussant à créer au maximum de leurs capacités.
LES
QUATRE DYNAMIQUES QUI SOUS-TENDENT LE PROCESSUS CRÉATIF
La créativité systémique fait appel aux attitudes
constructives des individus et se fonde sur des dynamiques particulières, soit la motivation intrinsèque et la passion, la
curiosité et la peur de l'inconnu, la destruction et la reconstruction créatives
des façons de penser et de faire, c’est-à-dire défaire l’existant et le
refaire autrement, et l'évaluation constructive des idées.
Avant d’élaborer davantage sur les
particularités de ces dynamiques, faisons une mise au point quant à la
perception qu’ont généralement les gens sur la capacité de créer de l’être
humain.
Disons d’abord que la créativité
n’est pas réservée à une classe privilégiée d’artistes, de designers, de
chercheurs ou de visionnaires. Ces derniers, il est vrai, ont l’occasion de
jongler plus fréquemment avec les facteurs qui conditionnent le processus
créatif et, par conséquent, ont la chance de développer leur capacité de créer
plus que ne l’a généralement le reste de la population.
Par ailleurs, la majorité des gens
n’ont pas toujours conscience des prouesses créatives qu’ils accomplissent à
travers leurs activités quotidiennes, que ce soit en bricolant un outil, en
composant une pièce de musique, en cuisinant un plat, en rafistolant un jouet ou
en exprimant un point de vue avec humour. Ces gestes qu’ils posent
quotidiennement démontrent bien, la science le confirme, qu’ils sont munis, tous
sans exception, d’une capacité innée et bien ancrée de créer dès les premiers
instants de leur naissance.
Cependant, quoique spontanés et
riches de sens que soient leurs ébats créatifs, ils ne se reproduisent pas
fréquemment dans le cours normal de leur vie. En fait, comme ils n’ont pas
beaucoup d’occasions de créer et qu’en ce sens ils ne s’attendent pas
d'accomplir de grands exploits, il en résulte souvent, comme un muscle en manque
d’exercice, que leur capacité de créer s’estompe et, à la longue, finit par
s’atrophier.
La pensée divergente, cette faculté
de créer des liens entre des concepts appartenant à des disciplines, cultures ou
domaines d’activités éloignés, est un indicateur de la capacité de créer des
individus. Des études ont démontré que 98 % des enfants âgés de 3 à 5 ans ayant
passé un test de créativité portant sur la pensée divergente (Torrance 1966) ont
atteints près du maximum de points sur une échelle d’évaluation de 100 points
alors que 2% seulement des adultes de 25 ans ayant passé un test comparable ont
atteint ce résultat. De plus, les enfants qui obtiennent les évaluations les
plus faibles à l’âge de 5 ans et qui continuent d’utiliser leur capacité de
créativité de manière active au cours de leur vie finissent par dépasser les
autres enfants de 5 ans ayant reçu une évaluation plus élevée, mais qui néglige
ou cesse d’exercer leur créativité.
Pour reconquérir notre capacité de
créer, que nous ayons 5, 25, 50 ou 75 ans, il faut d’abord que nous sachions sur
quelles dynamiques elle est fondée et que nous la développions en la mettant en
pratique constamment.
J’aborderai la
question touchant spécifiquement ces dynamiques dans les paragraphes qui suivent
alors que je traiterai celle portant sur les façons de les mettre en pratique
dans le chapitre 8 relatif aux méthodes qui font naître l’innovation radicale.
1. La motivation intrinsèque et la
passion
À la question que nous posions
précédemment sur l’importance que l’être humain accorde au développement de son
potentiel de créativité, nous avons traité de sa motivation au travail et
souligné que la créativité se situait au sommet de la pyramide des besoins
identifiés par Abraham Maslow.
La créativité a fait l'objet
d'études dans divers domaines, que ce soit en psychologie, en histoire, en
management ou en économie. Bien qu’elle ait traditionnellement été associée aux
arts, elle est aujourd'hui considérée comme une composante essentielle de
l'innovation dans tous les secteurs de l'entreprise. La génération d'idées
novatrices résultant d’associations entre concepts existants est considérée
comme le moteur du progrès. Comme la quête incessante de nouveaux savoirs
constitue la base de la R&D et du développement de l’organisation en général, la
créativité est un élément inhérent à l'innovation.
Que ce soit en biologie, en
médecine, en génie ou en chimie, la science est l'un des rares domaines où le
besoin de connaître a été institutionnalisé. Elle a acquis les moyens et les
méthodes pour appliquer la connaissance d'une façon systématique en vue de
déterminer ce qui est authentique, original, correct et faisable. Toutefois,
alors que l’innovation radicale dépend tellement de la créativité, il est
primordial que l'entreprise crée un environnement dans lequel le besoin
d'apprendre et de comprendre puisse se manifester.
La créativité fait appel à une
imagination fertile et une forte intuition. Ces deux forces agissent dans le
cadre d’un processus expérimental : la capacité à manipuler des pensées, des
images et des symboles dans son esprit pour en faire des combinaisons totalement
nouvelles. Comme disait Albert Einstein : « Poser de nouvelles questions,
imaginer de nouvelles possibilités et reconsidérer de vieux problèmes sous des
angles différents demande une imagination créatrice et permet de réelles
avancées scientifiques ».
Faire appel à la motivation des
employés en leur demandant d'être créatif et de contribuer au développement de
leur entreprise est, en soi, une intervention asse simple à réaliser. Par
ailleurs, développer un environnement propice à la créativité et faire en sorte
que ces derniers puissent transformer leurs idées novatrices en nouveaux
produits et nouveaux procédés, constitue un défi de taille et beaucoup plus
complexe à relever.
Pour l’ensemble des psychologues, la
motivation est fonction de la différence entre le désir ou le degré d’intensité
que nous accordons à la satisfaction d’un besoin donné et l’effort que nous
sommes prêts à investir pour y répondre.
Le sujet de la motivation renferme un ensemble de caractéristiques de nature
parfois très complexe et subtile. On a qu'à penser à certaines pratiques
couramment utilisées dans l'entreprise, dont celle consistant à associer des
récompenses monétaires à des tâches désignées comme "intrinsèquement motivantes"
tout en sachant à l'avance qu'elles n'auront pas plus d'impact sur les résultats
obtenus.
Dans ses œuvres sur la créativité, le
professeur Teresa Amabile de l’Université Harvard décrit deux types de
motivation rencontrés chez l’être humain, la motivation extrinsèque et la
motivation intrinsèque.
La motivation extrinsèque agit en
réaction à des récompenses extérieures telles que l’argent et toutes autres
formes de conditionnement matériel. Même si la motivation extrinsèque contribue
à stimuler une variété d’actions chez les employés, elle a tendance à affecter
négativement le niveau de qualité de la créativité à moins, comme le souligne
Theresa Amabile, qu’elle ait lieu en lien direct avec la motivation intrinsèque.
Quant à la motivation intrinsèque,
celle-ci est à la source du processus créatif et joue un rôle majeur dans le
développement d'une culture et d'un mode de vie axés sur la créativité. Dans ce
cas, les créatifs souhaitent exploiter leur potentiel d’accomplissement à l'état
pur, comme un culte, une passion, une obsession.
Il y a motivation intrinsèque lorsque la
nature d'une tâche, du fait de l'accomplir,
contient en elle-même une certaine
satisfaction ou récompense. Le meilleur
système de motivation que l'on puisse
développer consiste à créer un climat de
travail qui réponde aux conditions
d'épanouissement des employés et qui
débouche sur l'éclosion de leur capacité de
créer et d'innover. Ces conditions se
traduisent par une plus grande liberté de
choisir les manières d'accomplir leur
travail, d'échouer occasionnellement dans
les initiatives qu'ils prennent sans se
sentir coupables, ridiculisés ou rejetés par
les autres, d'élargir leurs horizons en
travaillant avec des collègues qui ont des
connaissances différentes des leurs et de se
sentir supportés par leur organisation au
niveau de
l'obtention des ressources dont ils ont
besoin pour créer.
Voici un exemple de satisfaction personnelle
et de reconnaissance qui traduit bien la
motivation intrinsèque chez un groupe
d’employés :
Avec le support d’une équipe formée de 6
conseillers de disciplines et de fonctions
diverses, Louis Lafontaine a reçu le mandat
de développer de nouvelles stratégies de
développement pour le compte de son
employeur, la société Sporteck, une
entreprise canadienne de fabrication
d’articles de sport. La mission de cette
équipe consiste à concevoir et développer
des moyens d’actions afin d’assurer la
stabilité et la croissance à long terme de
l’entreprise en tenant compte des
changements nombreux et drastiques envisagés
dans le futur, que ce soit au niveau des
marchés, de la compétition et de l’économie
en général.
Pour Lafontaine, « le changement est porteur
d’une multitude d’opportunités qu’il faut
saisir » et l’idée de combler l’écart
potentiel existant entre le présent et le
futur est, pour lui, source de motivation et
d’inspiration.
Plus spécifiquement, le travail de
Lafontaine et son équipe consiste à étudier
les réactions futures de la compétition et à
créer des initiatives permettant à la
société Sprotek de maintenir son contrôle
sur les marchés auxquels elle accède
présentement. L’équipe doit observer les
gestes que posent les entreprises
traditionnelles et non traditionnelles
appartenant au même secteur d’industrie que
l’entreprise et, à l’aide de cette
information, imaginer un certain nombre de
scénarios liés aux différents environnements
de compétition dans lesquels l’entreprise
pourrait se trouver sur un horizon de 5 ans.
Lafontaine et son équipe analyseront ensuite
ces scénarios en termes de portefeuille de
produits, de décisions d’investissement, de
clientèles à cibler et de stratégies à
mettre en place.
Voici ce que Lafontaine pense à cet effet :
« Nous devons non seulement identifier les
bonnes initiatives stratégiques à poursuivre
en tenant compte de ces scénarios, mais nous
devons aussi être capable de créer de
nouveaux plans, rapidement et
continuellement, permettant ainsi à Sporteck
d’assurer sa survie et de progresser ».
Pour réaliser sa mission, l’équipe devra
concevoir un certain nombre de stratégies et
plans d’affaires permettant d’accéder à de
nouveaux marchés et rejoindre de nouvelles
clientèles cibles. Elle devra aussi penser à
développer de nouveaux partenariats (joint
ventures), de nouvelles alliances
stratégiques et, possiblement, procéder à
des acquisitions. Comme l’indique
Lafontaine, « les scénarios futurs
considérés dans la démarche augmenteront le
nombre de possibilités d’actions à mettre en
oeuvre afin d’assurer la stabilité de
l’entreprise à long terme. Chaque action
aura besoin de son propre plan d’action ».
Conclusion : comme le suggère l’ambiance qui
se dégage de cet exemple, le salaire de
Lafontaine et des membres de son équipe
n’est pas le facteur qui les motive à
s’impliquer dans le développement de leur
entreprise. La mission qu’ils poursuivent
suffit amplement à les motiver. Ils
s’imprègnent du besoin d’exploiter les
nouvelles tendances du marché et de créer le
changement de leur organisation. Leur
motivation est un exemple parfait de ce
qu’Abraham Maslow appelle le besoin d’auto
développement ou d’actualisation de soi,
l’une des motivations les plus
satisfaisantes de l’être humain.
2. La curiosité et la crainte de
l'inconnu

Les créatifs sont, de nature, des curieux,
des prospecteurs, des phares scrutateurs.
Pour innover, ils apprennent à sortir des
chemins battus et à composer avec
l’imprévisible. Ce qui les amène à affronter
la peur de l’inconnu et de l’échec.
Les hommes ont toujours cherché à comprendre
les secrets de l'univers et de tout ce qui
les entourent sur la planète,
l'environnement naturel, le passé et
l'avenir. Les individus les plus créatifs,
les chercheurs et les spécialistes de tous
les secteurs d'activités sont motivés par un
très grand besoin de connaître, de découvrir
et de résoudre les composantes qui relèvent
de l'inconnu. Ils réfléchissent à des
questions fondamentales de manière plus
poussée et approfondie, faisant preuve d'une
passion pour la connaissance en tant que
telle.
Le besoin de chercher et de trouver est à la
base de la créativité. Le désir de repousser
les frontières de la connaissance,
d'explorer les limites d'une discipline et
de résoudre des questions jusqu'alors sans
réponse est essentiellement motivé par la
curiosité humaine. Les personnes impliquées
dans des activités de créativité sont
motivées par l'exaltation de se rapprocher
de la compréhension d'un inconnu qui les
attise. En ce sens, le travail d'un employé
créatif dans l'exploration de nouvelles
idées ressemble à celui d'un artiste, d'un
romancier ou d'un musicien.
Dans un contexte propice à
l’expérimentation, la curiosité permet de
transformer ce que nous ignorons d’une
situation potentiellement dangereuse en
autre chose qui peut s’avérer bénéfique et
que l’on peut maitriser.
L’exemple de Louis Lafontaine et son équipe
que nous venons de voir se prête bien à un
tel contexte. Lafontaine tente de combler
l’écart qui existe entre le besoin d’assurer
la stabilité de la société Sportek et le
besoin de s’adapter aux changements futurs
qui auront cours dans l’économie en général
ainsi que dans son secteur industriel face à
la compétition. L’équipe toute entière est
motivée à l’idée que des changements
puissent survenir et permettent à
l’entreprise de se développer davantage.
Ouvert au changement, elle cherche à
exploiter les opportunités qui en découlent.
Cette motivation attise sa curiosité et
suscite en elle un besoin de découvrir et
d’explorer ce que l’avenir mijote.
Chaque individu possède un niveau de
tolérance différent à l’égard du risque.
Jusqu’à un certain point, cette capacité de
tolérance est fonction de l’intensité de ses
désirs et du niveau de motivation qui
l’habite. Les personnes motivées
intrinsèquement sont plus tolérantes à
l’égard du risque et de la peur.
L’expérience de Lafontaine et son équipe est
révélatrice à ce sujet. Pour certaines
personnes, prendre en charge un projet d’un
niveau de risque aussi élevé est au-delà de
leur capacité de tolérance. Pour l’équipe de
Lafontaine, son besoin de s’aventurer dans
une projet ayant autant d’impondérables ne
pose pas de problème. Le risque est
tellement loin dans le futur que la peur
n’affecte pas sa curiosité et sa créativité
dans l’immédiat. Dans le langage des
behavioristes, Lafontaine est en mesure de
maintenir un certain équilibre entre la peur
qu’il ressent et la curiosité qui l’anime de
sorte qu’il est toujours en mesure de
poursuivre son projet de développement sans
que sa capacité de créer en soit affectée.
La solution aux difficultés que ressentent
les individus face à la peur est liée au
degré de croyance intrinsèque qu’ils
manifestent face aux aventures risquées
qu’ils entreprennent. Cette croyance les
amène à s’impliquer dans un projet de façon
passionnée et au-delà de toute possibilité
de découragement, aussi risqué soit-il.
Les athlètes de saut en hauteur font face à
des situations semblables lorsqu’ils
participent à des compétions sportives. Les
conséquences qu’ils doivent subir en n’osant
pas plonger d’une hauteur qu’ils n’ont
jamais tentée dans le passé de crainte de
perdre la compétition, deviennent plus
élevées que le risque d’échouer en osant. La
peur de prendre des risques fait souvent la
différence entre un athlète gagnant et un
athlète perdant.
3. La remise en question des façons de
faire existantes
Cette dynamique consiste à remettre
en question et à rompre avec les idées reçues et les façons de faire existantes
de l’entreprise afin de mieux performer et répondre davantage aux besoins de sa
clientèle. Elle est le réflexe d’une attitude créative qui témoigne d'un souci
constant d'ouverture à l'expérience et de dépassement du créatif. La règle d'art
de l’employé créatif consiste à se questionner constamment en ces termes :
"pourquoi fait-on ceci…" et "comment pourrait-on agir autrement…", et ajouter
alternativement la question "pourquoi pas" ? Cette dynamique est le pivot
central du processus de créativité et innovation.
Picasso disait que l’acte de création
est d’abord et avant tout un acte de destruction. Dans l’esprit de l’artiste,
l’expression acte de création voulait sans doute dire que pour faire naître de
nouvelles idées et de nouveaux horizons, nous devons rompre avec nos façons
habituelles de penser et d’agir en faisant fi des conventions, habitudes ancrées
et pratiques rigides qui habitent l’esprit. Dans le contexte de l’entreprise,
l’expression destruction signifie mourir à soi-même tous les jours et renaître
sous une nouvelle forme. C’est le principe de destruction créatrice de
Schumpeter, économiste autrichien connu pour ses théories sur l’innovation. Les
conventions et les manières de faire existantes sont en soi des moyens efficaces
de prendre des décisions rapidement dans le cours normal des activités de
l’entreprise mais constituent aussi des freins qui empêchent le création de
solutions nouvelles. Par exemple, la sagesse populaire a
toujours voulu que les livres dussent se vendre exclusivement dans les
librairies. Cette manière de faire a été rompue à deux reprises à la fin du 20e
siècle et à chaque occasion ce changement a été très bénéfique pour l’industrie
de l’édition. Dans le premier cas, on a initié la vente de livres dans les
supermarchés, les aéroports et de nombreux autres magasins d’utilités publiques.
Un deuxième cas, cette façon de penser a permis à Amazon.com de voir le jour et de concurrencer les
librairies.
Selon les psychologues, la nécessité
de rompre avec les idées reçues, les conventions, les habitudes et les manières
de penser et d’agir existantes afin de créer de nouvelles avenues de solutions
est à la base du processus de créativité.
4. L'évaluation constructive
L'étape de développement et
d'évaluation de solutions novatrices dans l’application du processus
d'innovation revêt une importance capitale. Les créatifs ont le souci constant
d’évaluer les idées émises de manière constructive avant de les rejeter. Ils
cherchent à évaluer les points positifs des idées d’abord et à se questionner
sur les moyens de les améliorer ensuite.
LES SIX MYTHES DE LA
CRÉATIVITÉ
 Teresa Amabile a consacré plus d’une trentaine d’années à
étudier le phénomène de l’innovation dans
les organisations. Dans le cadre de ses
travaux, elle a colligé près de 12 000
articles parus dans les quotidiens
américains afin de mettre au jour les
tenants et les aboutissants de la créativité
en milieu de travail. Au terme de cet
exercice, Amabile a dressé la liste des six
idées préconçues les plus tenaces concernant
la créativité organisationnelle.
1. La compétition est un plus grand
incitatif que la collaboration
Il existe une croyance répandue dans
le monde des affaires, particulièrement dans les industries de la finance et de
la haute technologie, à l’effet que la concurrence à l’intérieure des
organisations favorise l’innovation. Selon Teresa Amabile, il n’y a rien de plus
faux. Bien au contraire, selon elle, les équipes de travail les plus créatives
sont celles où les participants se sentent en confiance et libres de transmettre
leurs idées.
Les résultats de recherche d’Amabile
démontrent également que lorsque les employés, pour faire valoir leur expertise,
se livrent à une concurrence les uns contre les autres, ils cessent de partager
leurs savoirs et de collaborer entre eux. Dans un tel climat, la qualité de la
créativité est considérablement compromise et les conséquences sur le
développement de l’entreprise sont désastreuses,
car personne ne dispose de toutes les informations requises pour
mettre toutes les pièces du casse-tête en place.
2. La créativité est issue d’employés
exceptionnellement créatifs
Selon Amabile, tout employé avec une
intelligence normale est capable de déployer un certain degré de créativité dans
le cadre de son travail. La créativité n’est pas le propre d’employés
privilégiés provenant de quelques directions fonctionnelles de l’entreprise
telles que la R&D, le marketing et la publicité et faussement perçues comme
étant plus créatives que les autres.
Tous les employés de l’entreprise
sont créatifs et ont de multiples occasions de créer dans le cours normal de
leur travail y inclus ceux appartenant à des secteurs dont les activités sont de
nature plus administrative ou opérationnelle comme la comptabilité, la
fabrication et la GRH. J’en ai pour preuve les nombreuses innovations réalisées,
particulièrement dans le domaine de la comptabilité de gestion et de la finance,
au cours des dernières décennies. La comptabilité par activité ou par projet a
particulièrement marqué ces domaines.
Et si plusieurs facteurs peuvent
contribuer à favoriser la créativité, soit l’expérience et l’habileté de penser
de façon innovante, la motivation intrinsèque et la passion se révèlent
particulièrement critiques. Les employés qui réussissent le mieux dans
l'accomplissement de leurs tâches ne sont pas nécessairement les plus
talentueux, mais ceux qui affectionnent ce qu'ils font et créant.
Même si les organisations ont accordé
plus d’attention à la créativité et l’innovation au cours des dernières années,
la plupart des employés n’ont pas la possibilité d’exploiter leur potentiel
créatif, en partie parce qu’ils travaillent dans des environnements qui ne
favorisent pas ou même entravent la motivation intrinsèque. De nombreuses
entreprises ont encore un long chemin à parcourir avant d’éliminer les obstacles
à la créativité.
3. La reconnaissance pécuniaire favorise
la créativité
Les conclusions des travaux de Teresa Amabile
vont à l'encontre de ce mythe. Selon elle, les employés attribuent
davantage de valeur à un environnement de travail qui répond à leurs
aspirations et qui leur permet de s’impliquer dans des projets stimulants en
lien avec leurs intérêts et leur besoin de s’engager et d’apprendre, qu’à une
reconnaissance purement pécuniaire.
La rémunération axée sur la
performance peut poser des problèmes de motivation lorsque les employés
comprennent qu’elle peut être affectée à la baisse suite aux gestes qu’ils
posent. Dans de telles conditions, ils ont tendance à ne pas s’impliquer dans
des projets risqués.
Bien qu’ils aient besoin de sentir
qu'ils sont rémunérés de manière équitable, les recherches de Teresa Amabile
indiquent que les employés tiennent à réaliser leurs tâches dans un
environnement de travail où la créativité est soutenue, valorisée et reconnue.
Ils veulent avoir la possibilité de s'engager pleinement dans leur travail et
accomplir des progrès tangibles. Il est donc essentiel que les dirigeants
affectent les employés à des projets non seulement en fonction de leur
expérience, mais surtout en fonction de leur intérêt.
Les gens sont plus créatifs quand ils
se soucient de leur travail en même temps qu’ils se réalisent à travers leurs
aptitudes et leurs expériences. Par ailleurs, si les défis qu’on leur confie
sont trop élevés par rapport à leur niveau de compétence, ils seront enclins à
se sentir frustrés. Si, au contraire, ceux-ci sont trop en dessous de leur
niveau de compétence, ils ont tendance à s'ennuyer. Les dirigeants doivent donc
trouver le juste équilibre entre ces deux extrêmes.
4. La pression des délais stimule la créativité
Les recherches d’Amabile ont
démontré que les employés sont moins créatifs lorsque, dans le cadre de leur
travail, ils sont soumis à des contraintes de temps et de contrôle excessif.
Pour que la créativité s’exerce pleinement de dire l’auteur, elle doit
bénéficier d’une « période d’incubation » qui laisse le temps aux employés de
réfléchir au problème à résoudre et permettre que
des solutions éventuelles émergent. La pression étouffe la créativité parce que
les employés ne peuvent s’engager à fond dans la résolution d’un problème. En
fait, le problème ne vient pas tant des contraintes de temps qu’on leur impose
que des distractions qu’elles entraînent dans leurs efforts de créer et innover.
Les gens peuvent être créatifs quand ils font face à des contraintes de temps,
mais à condition de pouvoir se concentrer sur le travail à faire. On doit donc
les protéger contre toute distraction potentielle si l’on veut qu’ils s’y
engagent fermement.
5. La peur et l'anxiété aiguillonnent la pensée
créative
Contrairement au mythe selon lequel les grands
créateurs seraient aussi de grands malheureux, la recherche menée par Teresa
Amabile démontre que plus les gens sont heureux et stimulés par leur travail,
plus ils sont
susceptibles d’avoir des idées
créatives.
Dans les 12 000 articles de journaux
que nous avons colligés et analysés, nous avons observé que la créativité est
positivement associé à la joie et à l'amour et négativement associés à la
colère, la peur et l'anxiété. Nos données démontrent que les gens sont plus
heureux quand ils arrivent au travail avec une idée créative. Ils sont
susceptibles d'avoir de meilleures idées encore s’ils connaissent une journée de bonheur la
veille.
Il existe une sorte de cercle vertueux
dans cet état de situation. Quand les gens sont motivés par leur travail, il leur arrive souvent de développer des associations cognitives dans leur sommeil
au cours de la nuit, de sorte que, le lendemain, celles-ci se traduisent par des
idées créatives. Une journée de bonheur annonce souvent qu’une idée nouvelle
naitra le lendemain.
6. Une organisation « dégraissée » est
plus créative
Voici un exemple qui démontre bien
que ce genre de mythe est malheureusement très souvent ancré dans la culture de
certaines entreprises. Je vous reporte à un communiqué transmis en 1994 par une
entreprise du domaine de l’informatique à ses actionnaires. Ce communiqué se
lisait comme suit : « Une réduction des effectifs comme celle que nous subissons
présentement est toujours très difficile à vivre pour les employés. Malgré tout,
réjouissons-nous du fait que cette période de compression, pourvu que nous
sachions tirer nos cartes du jeu, sera source de créativité, d’entraide et de
prospérité pour des années à venir.»
Au contraire, les émotions négatives
telles que la peur et l’anxiété suscitées par une réduction des effectifs
conduisent les employés à se désengager de leur travail et à se montrer moins
innovants. Les conséquences d’un tel désengagement peuvent aller jusqu’à la
disparition totale d’une entreprise. C’est ce qui est arrivé dans le cas d’une
entreprise spécialisée dans les nouvelles technologies d’information et de
communication. Après 18 mois de réduction de ses effectifs, l’entreprise fit
faillite.
Les mythes de la créativité
dont Theresa Amabile fait mention dans son livre intitulé
Creativity in Context and Growing Up Creative
sont véhiculés de façon courante dans les organisations qui refusent de
s’adapter aux nouveaux paradigmes du 21e siècle. Imaginez leurs effets sur la
motivation de vos employés si de tels principes étaient véhiculés au sein de
votre organisation.
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Chapitre 2 – LES PARAMÈTRES FONCTIONNELS DE LA CRÉATIVITÉ
SYSTÉMIQUE |

CULTURE D’INNOVATION
INTRODUCTION
L’un des plus grands défis que
l’organisation-Out du 20e siècle
doit relever afin de se transformer et
devenir une organisation-In du 21e
siècle consiste à se prémunir d’une culture
d’entreprise entièrement axée sur
l’innovation. Ce changement fondamental de
vision et d’orientation ferait d’elle une
organisation spécifiquement construite pour
innover.
Même si plusieurs approches ont été définies
dans le but d’amener l’organisation à se
donner une culture et une vison davantage
orientées dans le but d’innover, il existe
peu d’information sur les moyens à mettre en
place pour réaliser cet objectif.
Il n’est pas surprenant de constater que les
entreprises, tout comme les humains qui les
créent, recherchent la stabilité, un
sentiment de familiarité et de sécurité? Il
y a le confort des règles coulées dans le
béton, les politiques à toute épreuve sur
lesquelles l’on peut s’appuyer et les
pratiques institutionnelles fondées sur la
tradition. Chaque jour qui défile devant
nous, ce genre de culture d'entreprise
sécuritaire et prévisible devient de plus en
plus un vestige du passé. Qu'on le veuille
ou non, perpétuer cette culture correspond à
faire toujours plus de la même façon. Dans
notre monde des affaires hyperconcurrentiel
du 21e siècle, nous savons que l'absence de
changement donne lieu à la stagnation ou,
pire encore, à l’agonie.
Basée principalement sur la stabilité et
l’absence de risque, la culture des
organisations-Out du 20e siècle
constitue une barrière majeure à
l’innovation et, par conséquent, à
l’avancement des sociétés. Au cours de ces
dernières décennies, l’énergie qu’elles ont
déployée dans divers programmes
d’amélioration continue (Six Sigma, Kaisen,
Lean et autres acabits) afin de réduire les
coûts et améliorer l’ingénierie de leurs
opérations quotidiennes les a entraînées
dans un mouvement de conservatisme et de
résistance face à tout ce qui pourrait
affecter leur rendement à court terme et
constituer une menace envers les processus
coûteux qu’elles ont mis en place.
Pour réussir, ces organisations doivent
s’ouvrir au risque et à l’incertitude qui
accompagnent les initiatives d’innovation
radicale. Heureusement, plusieurs leviers
dont notamment l’implication des dirigeants
et cadres intermédiaires de l’organisation,
les programmes de compensations financières,
les plans de communication, les programmes
de formation et les méthodes d’évaluation
des résultats de l’innovation, peuvent
contribuer au développement d’une culture
d’innovation.
À l’ère du 21e siècle,
l’innovation est devenue la principale
stratégie de l’organisation. Parmi les
dirigeants d’entreprise que le Boston
Consulting Group a interviewés récemment,
65% de ces derniers ont indiqué que
l’innovation faisait partie des trois plus
grandes priorités de leur organisation. Avec
l’augmentation de la compétition à travers
le globe et la réduction de plus en plus
importante du cycle de vie des produits et
des processus, il est évident que la
capacité de se différencier de
l’organisation par rapport à la compétition
dépend de plus en plus de l’innovation
radicale.
Dans le but de devenir innovantes, les défis
que rencontrent les organisations-Out du 20e
siècle, dont, en particulier, la nécessité
de satisfaire aux attentes de leurs
actionnaires et de prolonger la durée de vie
de leurs produits et services existants,
sont nombreux. Peut-être que le défi le plus
important à relever consiste à développer
une culture d’entreprise qui cherchera à
soutenir l’innovation sur une base continue
et permanente. Certains ont peut-être
l’impression que la culture d’entreprise
n’est pas une contrainte majeure, mais
plusieurs études ont démontré que celle-ci
est la barrière la plus difficile à laquelle
est confrontée l’innovation.
À partir des nombreuses expériences que j’ai
vécu à titre de consultant et formateur en
management de l’innovation auprès
d’entreprises venant de divers secteurs
industriels, j’ai acquis la ferme conviction
que la culture d’entreprise est l’obstacle
numéro un rencontré par les
organisations-Out du 20e siècle
dans leurs efforts de transformation en vue
de devenir des organisations-In du 21e
siècle. D’autres facteurs majeurs tels le
manque d’idées nouvelles et l’absence de
programme de participation des employés au
processus d’innovation de l’entreprise
viennent au second plan.
Une étude menée par Delta Organisation &
Leadership démontre que parmi les
organisations (35%) qui parviennent à
susciter l'innovation avec leurs employés et
partenaires externes (IBM, Cisco, Time
Warner, McDonald's et autres), toutes ont à
leur tête un dirigeant qui a délibérément su
créer un environnement propice au
changement, à la nouveauté et à la
collaboration. Dans ces organisations-In du
21e siècle, les employés sont
encouragés à apporter leurs idées et, le cas
échéant, reçoivent reconnaissance et
récompense en échange. Ces dernières sont
aussi ouvertes aux propositions de leurs
clients ou d'autres sources extérieures.
Voilà une façon de réinventer le management.
Mais, au préalable, la question fondamentale
est de bien comprendre ce que l’organisation
et ses employés ont envie de réussir
ensemble, de cerner les transformations
qu'ils sont prêts à apporter et de définir
l'objectif ou la position qu'ils souhaitent
atteindre. Car dans les organisations-In du
21e siècle, l'innovation est
l'affaire de tous. Elle ne relève ni d'un
processus ni d'une technique, mais c'est
avant tout un style de management,
assure Michel Zarka, consultant chez Delta
Organisation & Leadership. Selon lui, le
patron n'a pas à être omniscient ni devenir
le plus compétent. En revanche, une de ses
tâches essentielles est de créer les
conditions nécessaires à l'innovation et de
savoir donner l'envie et l'impulsion.
Qu’est-ce qui explique que la culture de
l’organisation est appelée à jouer un rôle
aussi important dans le développement de sa
capacité d’innover ?
La raison
est simple. La culture de l’organisation
sert à établir les règles dictant à
l’ensemble de ses membres la manière dont
l’entreprise doit fonctionner. Dans
Wikipédia, on avance que la culture
d’entreprise
est l'ensemble des règles et des valeurs
partagées d'une organisation (entreprise
privée, publique...) que l’on inscrit
parfois dans une charte. La culture
caractérise l'entreprise et la distingue des
autres, dans son apparence et, surtout, dans
ses façons de réagir aux situations
courantes découlant de son fonctionnement
interne. La culture d’entreprise, selon
Wikipédia, a cette étrange qualité d’être
très partagée et en même temps peu
formalisée.
Ensemble des façons de penser et d'agir,
ensemble de règles explicites ou implicites,
système de cohésion et de cohérence, la
culture est le capital immatériel de
l’entreprise. Au-delà de la valorisation des
actifs et des technologies, c’est elle qui
constitue la valeur active réelle de
l’entreprise.
Quand les
individus se joignent à une organisation,
ils adoptent sa culture tout à la fois.
Ainsi, ils font en sorte de renforcer les
valeurs qui en constituent la base tout en
incitant les autres autour d’eux à faire de
même. Dans certaines entreprises, la culture
de l’organisation est tellement forte et
persuasive qu’elle devient l’objet de leur
identification.
Une culture
organisationnelle forte peut avoir une
influence positive sur l’entreprise en
amenant les gens à s’enligner sur un schème
de valeurs précis. Elle peut aussi avoir une
influence négative. Les cultures fortes
peuvent faire en sorte d’empêcher le
changement et l’adoption de stratégies
absolument nécessaires à leur survie et à
leur développement. À titre d’exemple,
rappelons-nous les problèmes récents qu’ont
connus les grands fabricants américains de
l’automobile, ces organisations-Out du 20e
siècle qui n’ont pas su se transformer et
s’adapter à l’ère-In du 21e
siècle en se donnant une culture
d’entreprise axée sur l’innovation radicale.
Ils ont provoqué leur propre défaite en se
rendant insolvables parce qu’ils refusaient
obstinément de s’ouvrir au changement et de
se positionner de façon radicale et
stratégique face à la compétition, ce qui
leur aurait permis de se reprendre en main.
Au cours des deux dernières décennies, la
culture des organisations-Out du 20e
siècle a été développée dans le but de
diminuer les coûts d’opération de
l’entreprise et d’améliorer la qualité et
l’efficacité de leurs processus
opérationnels. Cette philosophie d’action à
court terme influence la perspective que
conservent les employés sur leur entreprise
et sur les conditions et le succès à long
terme du travail qu’ils accomplissent. En
maintenant, de façon constante, l’accent sur
l’amélioration continue et la réalisation de
résultats financiers à court terme, ces
dirigeants ont créé des organisations dont
la culture est dominée par l’innovation
incrémentale, ce qui exclut, dans leur
imaginaire, toute possibilité de risque et
d’échec.
LES VALEURS ASSOCIÉES À LA CULTURE
D’INNOVATION
Les
valeurs fondamentales associées à la créativité systémique sont multiples.
La direction a un rôle de leadership majeur à exercer en ce sens. Elles
couvrent généralement sur les points suivants :
§
Le droit
à l'initiative.
§
Le droit
à l'erreur. Les échecs et les erreurs doivent être exploités à des fins
d'innovation. "Nous avons réussi à notre 3e tentative. Les deux précédentes
ne nous ont pas arrêtés ».
§
Le droit
à l'écoute et au respect. Se mettre dans la peau et la culture de l'autre.
Les idées qui dérangent doivent être accueillies avec ouverture.
§
Le droit
à un feedback constructif. Capitaliser sur ses points forts et créer des
moyens de s'améliorer.
§
Le droit
d'accomplir son travail en ayant du plaisir.
§
Le droit
de remettre en question et d'afficher sa vision des choses.
§
Le droit
de risquer et d'expérimenter.
§
Le droit
de rêver et de s'exprimer librement.
§
Le droit de "perdre du temps" à observer.
§
Le droit
de réussir.
§
Le droit
d'être reconnu pour la qualité de ses idées.
§
Le droit
à la collaboration et au partage de connaissances entre disciplines,
cultures et champs d'action
§
Le droit d'improviser dans un désordre
transitoire.
LES FACTEURS QUI FAVORISENT LE DÉVELOPPEMENT
D’UNE CULTURE D’INNOVATION RADICALE
Comme je l’ai dit précédemment, l’organisation-Out
du 20e siècle est une entité
vivante imbue de motivations égocentriques
parce qu’elle cherche constamment à se
protéger de tout ce qui menace sa stabilité
et sa survie. C’est en changeant sa culture
de manière à devenir
une organisation
spécifiquement conçue pour innover et non
en se donnant une
nouvelle structure et un nouveau plan
stratégique
qu’elle
réussira à transiter vers une organisation-In à l’ère-In du 21e
siècle.
Il existe
cinq principes ou facteurs critiques pouvant
entraîner un changement dans la culture de
l’entreprise. Ces facteurs revêtent un
caractère particulier puisqu’ils s’adressent
aux principaux acteurs et à l’ensemble des
forces vives de l’organisation. Ils portent
spécifiquement sur l’implication des
dirigeants et des cadres intermédiaires de
l’organisation, la mise en place d’une
politique de compensation et de
reconnaissance des initiatives créatives des
employés, la conception et la réalisation
d’un plan de communication et d’un programme
de formation portant sur les méthodes,
processus et outils d’implantation de
l’innovation et, finalement, sur
l’évaluation des résultats tangibles de
l’innovation. Reprenons ces facteurs un à
un.
Implication
des dirigeants et des cadres intermédiaires
de l’organisation
Votre organisation est-elle dirigée par un PDG totalement et
passionnément voué à la cause de
l’innovation ? Oui ! Alors réjouissez-vous,
car vous faites partie d’une organisation-In
du 21e siècle. Vous vous
réjouirez doublement si, comme ce dernier,
tous les dirigeants de l’entreprise
s’empressent de participer activement à la
promotion de l’innovation.
Alors que plusieurs dirigeants d’entreprises demandent à leurs
équipes d’employés de s’impliquer sur le
plan de l’innovation, plusieurs, cependant,
ne vont pas au-delà de ce qu’ils prêchent en
ne leur fournissant pas les ressources en
temps et en argent dont ils ont besoin pour
supporter leurs initiatives.
À l’inverse,
les dirigeants de l’organisation-In du 21e
siècle permettent a leurs employés
d'utiliser une portion de leur temps de
travail afin de se consacrer à des projets
d'innovation en marge de leur tâche
quotidienne. En général, les individus ne
sont pas enclins à créer en situation de
stress, surtout quand ils se sentent
comprimé par le temps. D’où l'importance
pour la direction et leurs patrons immédiats
de les supporter. À titre d'exemple, les
employés de la société 3M peuvent utiliser
jusqu’à 15 % de leur temps afin d'explorer
toute idée qui pourrait bénéficier à
l'entreprise. Cette règle est profondément
ancrée dans sa culture. Elle est vue comme
un symbole de liberté d’action et
d'encouragement incitant les employés à
participer au processus d'innovation de
l'entreprise.
Quand les cadres intermédiaires et les autres employés de
l’organisation se rendent compte qu’il y a
une marge entre les vœux des dirigeants et
les efforts qu’ils sont prêts à investir
pour y répondre, ils se disent que
l’innovation est urgente mais nullement
importante. Ce manque de congruence leur
démontre que les programmes d’amélioration
continue et de réduction des coûts auxquels
ils contribuent habituellement sont sans
doute suffisants pour rendre l’entreprise
innovante.
Ces dirigeants ne doivent pas s’attendre, non plus, à ce que les
investissements consentis par l’entreprise
dans le but d’innover rapportent des
dividendes et des rendements à court terme.
La plupart des innovations ont besoin de
plusieurs années pour se développer et
devenir des produits et des services à
succès. Les attentes des actionnaires, les
exigences de la bourse et la nécessité de
produire des résultats trimestriels positifs
les amènent souvent à bifurquer de leurs
engagements à long terme face à
l’innovation. Sur l’ensemble des idées que
l’entreprise développera et commercialisera
au cours des années, quelques-unes seulement
pourront avoir une incidence significative
sur ses bénéfices. Il doit donc y avoir un
flux continu et une longue traine d’idées
nouvelles en cours de réalisation pour que
l’innovation ait ses effets sur les
résultats de l’entreprise.
Les dirigeants ont donc besoin d’une vue plus réaliste du cycle de
vie d’un projet d’innovation ainsi que les
ressources humaines, matérielles et
financières exigées pour les réaliser. Ils
pourront ainsi mieux décider de la place
qu’ils devront donner à l’innovation dans
leurs démarches de planification
stratégique. La meilleure façon d’y arriver
consiste à documenter le cycle de
développement d’un produit représentatif de
l’ensemble des produits réalisés par
l’entreprise au cours des récentes années.
Cette démarche exige de revenir en arrière
sur le processus qui a conduit à la
sélection du nouveau produit, de vérifier à
quel moment il a été initié, à quelle
période son développement a été achevé et
approuvé et le temps qu’il a fallu attendre
pour connaître les réactions qu’il a
suscitées sur les marchés. Ajoutez à cela,
le temps qu’il lui a fallu pour rapporter
les bénéfices souhaités.
En connaissant la durée moyenne de chacune des phases de
conception, de développement, de réalisation
et de mise en marché d’un nouveau produit,
ils auront une perception beaucoup plus
juste du temps moyen requis pour la
réalisation d’un projet d’innovation. De
plus, en étant conscient qu’une faible
proportion seulement des nouveaux produits
mis sur le marché pourront rapporter des
bénéfices à la hauteur des risques qu’ils
entraînent, ils pourront juger de l’étendu
des investissements à réaliser dans le cadre
de leur plan stratégique.
Pour entraîner un
changement dans la culture de l’entreprise,
il faut faire appel à des
dirigeants et
cadres modèles, ceux qui sont reconnus pour
leurs habiletés à introduire le changement.
En les mettant à l’avant scène de la
campagne de promotion sur l’innovation, ils
démontreront, par leur leadership,
l’importance que révèle l’innovation si
l’organisation veut assurer sa croissance et
sa survie face à la compétition. Si les
dirigeants clé de l’organisation refusent de
s’investir dans le processus d’innovation en
apportant leur support à la réalisation de
projets d’innovation, il faut abandonner
toute idée de développement d’une culture
d’innovation dans l’entreprise étant donné
que tout effort en ce sens n’apporterait
rien.
Mise en place d’une politique de
reconnaissance et de récompense
visant
à souligner l’apport exceptionnel des
employés au processus d’innovation
Les
récompenses accordées dans le but d'obtenir
des idées et des solutions nouvelles
stimulent la créativité et la motivation des
individus. Cette conclusion est celle à
laquelle sont parvenus les humanistes et les
behavioristes du domaine des sciences
humaines.
C’est à la
suite de plusieurs années de controverses et
de nombreuses recherches sur le sujet que
ces derniers ont été amenés à démontrer
scientifiquement que le pouvoir créatif des
individus peut être stimulé positivement au
moyen de récompenses. Une nuance s'impose
par ailleurs : les récompenses n'ont pas le
même effet sur la nature humaine
lorsqu'elles sont offertes dans le but
d’accomplir un travail qui ne résultent pas
d'efforts faisant appel à la pensée
divergente et imaginative de la personne.
Des
témoignages en ce sens ont été exprimés par
de grands inventeurs, en particulier par
James Watson (1968), celui qui a découvert
le mécanisme moléculaire de transfert de
l'hérédité humaine. Son désir d'obtenir un
prix Nobel a contribué pour une bonne part à
ses efforts de recherche le conduisant à ses
découvertes. La reconnaissance personnelle
est une source de motivation très forte pour
la plupart des créatifs et chercheurs.
Les
approches servant à récompenser les employés
telles que les grands événements, la
reconnaissance par les pairs et le fait
d'intégrer et d'imprégner le processus de
créativité et innovation dans la structure
de l'entreprise contribue à instaurer une
culture propice à l'éclosion du potentiel
créatif des employés. L'innovation est
considérée sur le même rang que les
objectifs à long terme de l'entreprise. Les
récompenses et la reconnaissance pour une
contribution exceptionnelle, spécialement
s'il y a équilibre entre les notions de
motivation intrinsèque et extrinsèque
contribuent à rendre les employés
responsables de la qualité de leur travail.
Pour que
l'innovation puisse s'affranchir et donner
ses fruits, l'entreprise doit prendre en
compte le contexte dans lequel elle aura
lieu. Les comportements, la motivation,
l'appréciation, la cohésion sociale et
l'allégeance, l'engagement et l'implication,
les attitudes et les sentiments de ses
employés sont l'ensemble des éléments
dynamiques qui l'influencent et la colorent.
Dans un tel contexte, comment les
récompenses monétaires et la reconnaissance
peuvent-elles amener les employés à être
plus créatifs dans l'accomplissement de
leurs tâches sans annihiler leur motivation
intrinsèque?
Pour créer
un climat de participation propice à
l'éclosion du potentiel créatif de ses
employés, l'entreprise doit mettre en place
de nouvelles approches de récompense. Comme
la créativité, la reconnaissance,
l'affiliation et l'auto-détermination sont
des besoins fondamentaux chez les employés,
elle doit se doter d'une structure qui
facilitera la réalisation de ces besoins
auprès d'eux, en particulier leurs besoins
de créer et de se réaliser qui, comme on le
sait, se situe au summum de la pyramide de
Maslow.
L'une des
premières étapes que l’entreprise doit
franchir dans l'implantation de son système
de récompense consiste à établir un certain
nombre de principes de base que je résumerai
comme suit :
§
Souligner constamment et de manière
appropriée l'apport des employés au fur et à
mesure qu'ils soumettent leurs idées. Par
exemple, la direction de l'entreprise
pourrait reconnaître la contribution d'une
équipe de travail ou d'un employé lorsque
celle-ci sera exceptionnelle, alors que les
employés pourraient souligner l'apport des
membres de leur équipe lorsque ceux-ci
auront participé de manière spéciale à son
effort global.
§
Diffuser les histoires à succès relatives
aux inventions et au développement de
nouveaux produits et procédés réalisés au
sein de l'entreprise.
§
Faire en sorte que l'innovation devienne une
motivation intrinsèque en elle-même. La
reconnaissance obtenue de ses paires et de
la direction importe beaucoup pour un
employé.
§
Associer l'innovation aux valeurs
essentielles de la culture d'entreprise.
Expliquez aux employés ce qui justifie le
fait de reconnaître les bons coups des
personnes créatives et en quoi leurs
contributions participent au développement
de l'entreprise autant qu'au leur.
§
Former un comité de représentants des
services des ressources humaines, de la
gestion du savoir, de la R&D et autres
unités clé de l'entreprise et lui confier la
mission de fixer des lignes de conduite et
des suggestions pour favoriser et promouvoir
l'innovation.
Dans tout
système de récompense, il importe d'établir
un équilibre entre la motivation intrinsèque
et la motivation extrinsèque, ces deux
dynamiques et sources majeurs de
développement sises dans la nature et la
constitution de l'être humain.
Il y a
motivation intrinsèque lorsque la nature
d'une tâche, du fait de l'accomplir,
contient en elle-même une certaine
satisfaction ou récompense. À l'inverse, il
y a motivation extrinsèque lorsqu'une tâche
est accomplie dans le but d'obtenir un
résultat. Dans ce cas, la tâche est vue
comme un moyen d'arriver à une fin,
c'est-à-dire d'obtenir une récompense.
L'importance
accordée à chacun de ces deux types de
motivation varie d'une personne à l'autre et
d'une situation à l'autre. Certaines
personnes sont très motivées à la fois par
les motivations intrinsèques et extrinsèques
dans l'accomplissement de leurs tâches. Les
étudiants en médecine en sont des exemples
concrets.
Certains
écueils dans la mise en place d'un système
de récompense sont à éviter. Dans
leurs pratiques de gestion à l'égard des
récompenses, les entreprises innovantes ont
surtout tendance à motiver leurs employés à
l'aide de récompenses extrinsèques. Elles
nous invitent, cependant, à certaines
réserves ou prudences à cet égard :
§
Éviter d'attribuer plus d'importance aux
récompenses monétaires qu'ils n'en ont.
§
Éviter toute confusion entre une
compensation (salaire) et une récompense
(contribution exceptionnelle).
§
Éviter d'affaiblir la notion du travail en
équipe en mettant trop d'emphase sur la
reconnaissance individuelle.
§
Se rappeler constamment qu'il existe des
enjeux importants derrière le comportement
des gens.
§
Se rappeler aussi que les récompenses
tendent à perdre de leur efficacité avec le
temps.
Pour
favoriser la motivation intrinsèque,
plusieurs organisations innovantes
encouragent un approche de récompenses axée
sur :
§
La reconnaissance par les pairs.
§
L'organisation d'événements spéciaux pour
saluer les contributions exceptionnelles.
§
L'établissement d'une structure servant à
cultiver le sens de l'innovation auprès des
employés.
Le fait
d'établir une structure qui permette de
gérer efficacement le système de récompense
de l'entreprise, va au-delà de l'application
d'un certain nombre de principes. Plusieurs
enjeux sont à considérer à ce sujet :
§
Le défi auquel l'organisation est confrontée
consiste à s'assurer que le système se
développera sur une base continue et
permettra à ses services fonctionnels
d'ajuster son application de manière à ce
qu'il se moule à leurs besoins. À titre
d'exemple, les approches à l'égard du
système de récompense des services des
ventes, des finances et de la production
sont parfois très différentes les unes des
autres. Il est donc recommandé d'appliquer
une politique flexible permettant à chaque
service de juger de l'adaptabilité du
système plutôt que d'imposer une manière de
faire mur à mur pour tous.
§
L'organisation doit aussi s'assurer de bien
articuler les règles de fonctionnement du
système. Par exemple, elle doit préciser qui
devrait être récompensé et dans quelle
circonstance. Elle doit aussi définir
clairement ce que comprend ou constitue une
innovation. Pour chaque question, il y a un
délicat équilibre à maintenir : par exemple,
le patron doit-il décider par lui-même si un
employé doit être récompensé ou pas? Doit-il
au contraire laisser cette responsabilité
stratégique aux membres de son équipe ? Quel
effet aura ce choix sur les employés et sur
l'image du patron ? Les humanistes nous
rappellent à ce sujet que lorsque les
patrons ont le contrôle sur le système de
récompense, les employés ont tendance à se
replier sur eux-mêmes et à être plus ou
moins ouverts à la critique et à l'idée de
prendre des initiatives.
Lorsque le
délai de réalisation d'un projet s'étend sur
une longue période entre le moment où il est
amorcé et son achèvement, il est souhaitable
de récompenser les personnes en fonction de
la manière dont elles accomplissent leur
tâche en cours de réalisation du projet. De
grandes entreprises dans le domaine de
l'aéronautique, de la pharmaceutique, de la
médecine et autres ont adopté des mesures
afin de répondre à ce besoin. Il est
important pour ces entreprises d'offrir des
récompenses à ceux qui offrent une
participation innovatrice dans
l'accomplissement de leur tâche.
L'histoire
nous apprend que l'utilisation abusive de
récompenses extrinsèques a souvent pour
effet de porter atteinte à l'innovation. Au
fur et à mesure que la motivation
extrinsèque augmente, la motivation
intrinsèque a tendance à décliner. Et c'est
davantage le cas lorsque que l'on a recours
aux récompenses monétaires et que
l'attention qu'on leur accorde prend des
proportions exagérées en allant au-delà de
ce qu'elles valent.
La
reconnaissance par les pairs est le moyen
par excellence utilisé par les entreprises
de classe mondiale pour stimuler
l’innovation. Plutôt que d'accorder
des récompenses monétaires aux innovateurs,
la société 3M compte principalement sur le
principe de la reconnaissance des employés
par leurs pairs afin d'encourager
l'innovation. De cette façon, elle évite que
les employés gardent leurs idées pour
eux-mêmes et fuient le travail en équipe.
Avec cette méthode de nature plus
intrinsèque, les employés cherchent plutôt à
s'entraider en partageant leurs
connaissances. De plus, 3M a comme pratique
d'accorder des promotions en favorisant
d'abord les employés qui développent des
attitudes et de habiletés de travail en
équipe, ce qui, par ricochet, a pour effet
d'enrichir la culture d'innovation de
l'entreprise.
Saluer les exploits de créativité et
innovation des employés au cours de grands
événements est un autre moyen de stimuler
l’innovation.
C'est au cours de grands événements tels que
les "Galas prestiges" et autres
manifestations de ce genre que l'entreprise
cherche à récompenser ses employés les plus
créatifs et innovateurs. Ces rencontres
visent à saluer la contribution des employés
qui ont su se mettre en évidence dans le
cours normal de leur travail. Ceux-ci
deviennent des modèles reconnus auprès des
autres pour leur ingéniosité et leur
dynamisme.
Ces rencontres sont vues également comme des
opportunités de réunir les gens et de les
amener à collaborer ensemble en partageant
leurs connaissances et leur capacité de
créer et innover. La Banque mondiale, par
exemple, organise ce genre de programme afin
de créer des opportunités d'apprentissage
entre différentes disciplines, cultures et
champs de connaissances à travers le monde.
Conception et réalisation d’un plan de
communication
.png) L’utilisation d’un plan de communication consistant constitue un
moyen essentiel de développer et soutenir
une culture d’entreprise axée sur
l’innovation. L’engagement et les attentes
de l’équipe de direction à cet égard doivent
être diffusés, sans relâche, aux employés de
l’organisation. Une stratégie de
communication qui ne répondrait pas à cette
exigence, ne saurait porter ses fruits en
assurant le développement de cette culture.
Selon les spécialistes de la mise en marché,
un message doit être répété au moins sept
fois avant que ceux à qui il s’adresse
puisse le comprendre et le mettre en
pratique. Étant donné le nombre de messages
que les employés reçoivent chaque jour, les
communications d’information ne seront pas
prises en compte à moins d’être très bien
planifiées et transmises de façon
consistante à travers l’ensemble de
l’entreprise. En plus d’informer les
employés du rôle qu’ils doivent jouer en
matière d’innovation, ces communications
serviront à mettre l’emphase sur la place
que la direction entend donner à
l’innovation dans le plan stratégique de
l’entreprise.
Différents réseaux de communication peuvent être utilisés afin de
transmettre le message de la direction sur
l’innovation et les objectifs à long terme
qu’elle souhaite réaliser : la revue de
l’entreprise, les bulletins d’information,
les campagnes d’information par courrier
électronique, les vidéo clips en sont
quelques uns.
À l’égard du rôle que doivent jouer les membres de la direction,
les employés adopteront des comportements
positifs face à l’innovation en constatant
le sérieux, la congruence, la dévotion, la
volonté d’agir, la persévérance et la
détermination de ces derniers sur cette
question. Cela signifie que les cadres
intermédiaires devront, à leur tour, être
aussi convaincus de l’importance et du
succès de cette campagne que la direction
elle-même. Des communications inconsistantes
et un manque de conviction dans le ton
employé par les cadres intermédiaires par
rapport à celui la direction, créeront de la
confusion dans l’esprit des employés quant
aux chances de développer une culture
d’innovation vraiment axée sur l’innovation.
En bout de ligne, cette confusion les
amènera à se replier sur eux-mêmes et à
éviter de prendre des risques.
Pour changer la culture de l’entreprise et la rendre davantage axée
sur l’innovation, il importe d’adopter un
plan de communication cohésif et
stratégique, portant sur une période de
temps suffisamment longue. Celui-ci doit
être initié à partir du sommet de
l’organisation et être renforci
graduellement en passant par différents
réseaux et média d’information. L’esprit,
quant au contenu traité dans le plan, doit
être repris par les cadres intermédiaires de
manière à assurer un discours cohérent du
haut en bas de l’organisation.
La mise sur pied d’une équipe responsable de la stratégie et de la
mise en œuvre du plan de communication
suscitera l’implication de la haute
direction et améliorera les chances de
réussite du projet de développement de la
culture d’innovation.
Conception et réalisation d’un programme de
formation
En marge d’un plan de communication établi préalablement, la
formation est un autre facteur important de
réussite dans la transition de la culture de
l’entreprise vers une culture axée sur
l’innovation. Le plan de communication
indique aux employés ce qu’ils ont à faire
pour innover. Le programme formation leur
enseigne les méthodes, les processus et les
outils à utiliser pour innover. Dans le cas
de la formation, celle-ci doit porter sur
les nouvelles techniques de génération
d’idées nouvelles, les nouveaux rôles
dévolus à la capture et à l’évaluation des
idées nouvelles et les nouvelles approches
et attitudes à respecter dans l’application
du processus d’innovation.
La formation est une importante composante dans le changement d’une
culture. Il serait irréaliste de penser que
les équipes de travail pourront hériter de
nouvelles responsabilités et innover de
façon constante à moins de leur donner de
nouvelles méthodes et de nouveaux outils de
travail. Einstein disait que la « démence »
provenait de la répétition constante et
consciente des mêmes façons de faire tout en
pensant obtenir des résultats meilleurs. En
refusant d’incorporer de nouvelles façons de
penser et d’agir dans le cadre de ses
activités d’innovation et de développement
culturel, l’entreprise ne doit pas
s’attendre d’obtenir de meilleurs résultats
que ceux qu’elle a toujours obtenus. Il
s’agirait, le cas échéant, d’un acte
insensé, voire dément, selon Einstein.
La formation fait davantage que d’enseigner simplement aux gens les
nouveaux paradigmes, les nouvelles manières
de penser et les nouvelles méthodes associés
au processus d’innovation. Cette formation
revêt un caractère à tel point important,
qu’elle doit avoir lieu en dehors du milieu
de travail des employés, dans une ambiance
et un climat de confiance qui favorisera
l’ouverture à l’apprentissage. En insistant
pour que ces apprentissages aient lieu à
l’extérieur de l’entreprise, la direction
envoie à ces derniers un message très
clair : « L’innovation est très importante.
Sans votre participation, nous aboutiront,
tôt ou tard, à un cul de sac assuré ».
La formation entraîne également la création de nouveaux réseaux et
de nouvelles relations de collaboration
entre les employés. Ces derniers travaillent
et apprennent ensemble. Leur participation à
ces rencontres de formation contribue au
développement de nouvelles collaborations et
de communications, ce qui ajoute au
potentiel de changement de la culture de
l’entreprise.
Système d’évaluation et indicateurs de
performance
Le dernier des facteurs à considérer dans le développement d’une
culture d’innovation porte sur la mise en
place d’un système d’évaluation et
d’indicateurs de performance servant à
établir les résultats d’intervention de
l’organisation en créativité et innovation.
Comme on le sait, ce qui doit être géré,
doit aussi être évalué. Les notions de
définition d’objectifs, d’évaluation et de
calculs statistiques ou « métriques » font
donc partie intégrante de toute initiative
en matière d’innovation. L’évaluation ainsi
que l’engagement des dirigeants et le
système de compensation et de récompense
sont trois moteurs qui, ensemble, exercent
une grande influence sur le développement
d’une culture d’innovation. Pour être en
mesure de récompenser convenablement les
créatifs de votre organisation et gérer
efficacement leurs initiatives créatives,
vous devrez d’abord connaître leurs
objectifs et leurs plans d’actions de
manière à pouvoir, par la suite, évaluer
l’impact de leurs apports sur les résultats
de l’organisation.
Au début, l’évaluation d’un programme de participations des
employés au processus d’innovation de
l’entreprise porte principalement sur les
résultats obtenus en cours
d’implantation dont, par exemple, le nombre
d’idées soumises par les employés, leur
degré de participation et d’implication et
le temps de réalisation de leurs idées du
début à la fin du processus. En diffusant
ces résultats dès le départ, les employés se
rendront vite compte de l’importance et des
effets positifs de votre démarche. À ce
stade, bien entendu, vous n’aurez pas
suffisamment d’information pour leur
communiquer les résultats du programme en
termes de retour sur les investissements
(ROI) et autres statistiques ou
« métriques ». Avec le temps, au fur et à
mesure que les idées se traduiront par le
développement et la mise en marché de
produits et de procédés nouveaux ou
améliorés, ces données très concrètes qui
intéresseront les employés et les
actionnaires de l’entreprise pourront être
établies et communiqués.
La culture
d’innovation de 3M
Reportons-nous aux effets que la culture d’innovation de la
société 3M exerce sur son développement pour mieux comprendre comment la
culture d’innovation d’une entreprise peut influencer sa capacité d’innover.
Selon Larry Wendling, vice-président R&D de 3M, il existe peu d’entreprises
dans le monde qui peuvent prétendre avoir eu autant de succès que 3M sur le
plan de l’innovation. Quel est son secret ? Sa culture d’innovation. Une
culture principalement axée sur l’initiative, la passion et l’autonomie de
ses employés. Chez 3M, de dire Wendling, les gens n’hésitent pas à prendre
des risques et à se questionner sur les façons de faire de l’entreprise à
l’égard de ses clients, ses produits, ses technologies et ses modèles
d’affaires. La
culture d’innovation de 3M est axée elle aussi sur un ensemble de principes.
Exprimés autrement, ces principes rejoignent ou viennent compléter ceux que
j’ai mentionnés précédemment. Résumons-les comme suit :
Le premier principe de
3M a trait à l’engagement de la direction de l’entreprise à l’égard de
l’innovation. Cet engagement va de soi dans la mesure où l’innovation
devient en elle-même le modèle d’affaire de l’entreprise.
Le
deuxième principe a trait à la liberté d’action de l’employé. Ce qui
signifie qu'il est libre d’utiliser une partie de son temps de travail à des
projets de recherche dont la nature n’est pas nécessairement directement
reliée à ses tâches quotidiennes. Ce principe remonte à l’époque du
président légendaire de l’entreprise en 1948, William McKnight, qui a,
lui-même, institué ces principes de base. « Embauchez des employés créatifs
et laissez-les accomplir leur travail selon leurs propres initiatives et
manières de faire », disait-il.
Le
troisième principe avancé par McKnight consiste à permettre aux employés de
prendre des risques en initiant de nouvelles façons de faire dans leur
travail et, pour les dirigeants, de tolérez les erreurs qui, parfois,
accompagnent ces risques. À titre de PDG, McKnight était un dirigeant plutôt
modeste, mais infiniment soucieux des détails et très au courant des
développements technologiques. Malgré sa formation de base en comptabilité,
il a permis d’enregistrer le premier brevet de l’entreprise auprès du Bureau
de la protection de la propriété intellectuelle du gouvernement américain.
Nous avons transmis ce principe de génération en génération en racontant aux
nouveaux employés les multiples cas à succès qui se sont succédé au fil des
temps.
Le
quatrième principe stipule que l’accès à plusieurs technologies est une des
clés de base qui assure le succès d’une organisation en ce qui a trait à la
réalisation de ses projets d’innovation. 3M est une des entreprises les plus
diversifiées sur ce plan et c’est ce qui fait qu’elle peut développer de
nouveaux produits et procédés en faisant appel à une variété de technologies
relativement complexes. Sa force vient aussi du fait que ses employés
peuvent, en un rien de temps, à l’aide de deux ou trois appels
téléphoniques, identifier un partenaire capable de fournir les technologies
dont ils ont besoin pour innover dans un domaine particulier. 3M a les
habiletés nécessaires pour réaliser des assemblages de technologies
diversifiées, par exemple, en combinant une technologie A avec une
technologie B pour créer une technologie C.
Le
cinquième principe a trait au réseautage, une arme secrète qui favorise
l’innovation. Le réseautage est à la base d’une multitude d’opportunités.
Cette stratégie fait partie de la culture de 3M et est imprégnée dans ses
gènes. Il existe plusieurs façons formelles de perpétuer le principe du
réseautage. Une de ces façons réside dans les nombreux forums de
l’entreprise portant sur la technologie. Ces forums rassemblent près de 10
000 personnes toutes très profondément enracinées dans la culture de
l’entreprise et dont la première préoccupation est de communiquer entre eux
en se parlant ouvertement et en partageant leurs connaissances et leurs
idées.
L’existence d’une politique de récompense et de reconnaissance est le
sixième principe assurant le succès d’une culture d’innovation. Le plan de
carrière des scientistes et ingénieurs de 3M est grandement influencé par
leur besoin de créer et de commercialiser les résultats de leur travail.
Plusieurs des programmes de récompenses de l’entreprise sont axés sur la
reconnaissance par les paires. Les chercheurs ont besoins de réaliser des
projets de recherche qui marqueront leur discipline et qui les amèneront à
être reconnus par leurs confrères. L’évaluation de la performance et
l’imputabilité sont aussi des moyens de mettre en évidence leur mérite.
Elles sont intimement liées à leur progression au cours de leur carrière.
Le dernier principe
met en évidence le besoin de lier très intimement la technologie avec les
besoins des clients. Les technologies n’ont pas d’utilité à moins de
correspondre à ce que la clientèle a besoin d’où l’idée de créer le Customer
Innovation Center que 3 M a construit en septembre 2006, un lieu de
rencontre où les scientistes et ingénieurs de l’entreprise se réunissent
avec des clients dans le but de s’assurer que leurs innovations répondent à
leurs besoins.
(...) Commandez le dossier ci-après
comprenant 12 chapitres
portant
sur le processus d'instauration
de la créativité systémique
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CRÉATIVITÉ SYSTÉMIQUE
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Première édition : 2009©
Éditeur : Les éditions Sur un pied d’alerte
201-2945 2e Rue,
Laval (Québec) H7R 2X1
Reliure : 66 pages, 21,5 X
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Format :
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Prix : 18,50 $
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