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Et si le numérique appelait un nouveau savoir-vivre ?

 

Texte de Nicolas Bordas

 

 

 

 

Notre Jour Du Penseur dominical est consacré au livre de notre ami David Lacombled intitulé « Digital Citizen – Manifeste pour une citoyenneté numérique », qui vient de paraitre chez Plon. Journaliste de formation, David Lacombled est directeur délégué à la stratégie des contenus du groupe Orange. Après avoir rejoint le groupe France Telecom en 2000 pour prendre en charge le portail Wanadoo, il en fut ensuite le responsable des relations extérieures. Il est aujourd’hui également président du Think tank La Villa Numeris, et administrateur de l’IAB (Internet Advertising Bureau). Entre ceux qui pensent que le numérique est le diable, et ceux pour qui Internet est un nouveau paradis, David Lacombled revendique l’esprit de liberté et de civisme pour faire émerger une nouvelle citoyenneté numérique responsable.

 

 

Entrevue avec David Lacombled sur ce vidéo-clip

 

 

 

Dans  » Digital Citizen », David Lacombled passe en revue les principaux enjeux de ce qu’il appelle la nouvelle citoyenneté numérique mondiale : enjeux culturels, enjeux politiques, enjeux économiques, enjeux médiatiques et enjeux éducatifs et sociétaux qui correspondent « aux nouveaux mondes » engendrés par le numérique. Convaincu qu’il ne faut ni diaboliser internet, ni l’idéaliser, David Lacombled nous propose de refuser la voie du contrôle comme celle du chaos, en optant pour la voie du mouvement : « un mouvement responsable qui pense qu’il faut apprendre l’homme à Internet et pas l’inverse », et appelle à « l’émergence d’une véritable citoyenneté numérique pour que l’aventure numérique reste une fantastique aventure humaine et citoyenne ».

 

Du point de vue culturel, l’auteur propose de fuir les clameurs catastrophistes (« le numérique tue la culture »), tout comme les élans utopistes (« Internet, c’est la culture pour tous »), en adoptant un modèle ouvert pensé dans l’intérêt de l’utilisateur (portabilité des droits).

 

Du point de vue politique, le web dessine de nouvelles frontières obligeant les politiques à agir en temps réel, de manière transparente, « sous la pression conjuguée de l’instantanéité et de la traçabilité ». Ce qui ne facilite pas le recul et la réflexion.

 

A l’inverse, le web permet de nouvelles formes de citoyenneté qui renforcent le plus souvent la démocratie, et le développement de la cyber-philanthropie, à l’abri de la corruption. Le cyberespace est devenu « le lieu d’enjeux importants entre les états », mais il est aussi un lieu habité par  » de nouveaux acteurs non étatiques possédant un pouvoir potentiel aussi grand que celui des Etats ». Face aux risques croissants de cybercriminalité et de « guerre civile technologique », de l’infiltration virale des réseaux à la tentation du « kill switch » (interruption d’internet envisagé par le Sénat américain en cas de crise majeure), David Lacombled insiste sur la nécessité d’une forme de régulation entre les acteurs. Une régulation qu’il juge plus adaptée que toute législation contraignante, dont on sait qu’elle serait aisément contournable et toujours en retard d’une révolution technologique.

 

David Lacombled nous rappelle aussi à quel point le numérique métamorphose nos villes en « smart cities », en villes intelligentes, connectées à leurs habitants par une multitude d’applications qui intègrent le virtuel dans notre vie réelle dans une logique de « communication augmentée ». Pour David Lacombled, « la Cité prend une quatrième dimension et se rend plus proche des citoyens qui peuvent désormais interagir avec leur ville » et participer de manière plus active. Encore faut-il limiter le risque de triple fracture numérique (accès à internet, accès au matériel, accès à l’usage), et maitriser la croissance de l’Open Data, pour que le bien public des données publiques ne soit pas détourné à des fins purement mercantiles. Du point de vue de l’évolution des médias, David Lacombled réfute l’hypothèse selon laquelle « Internet serait le prédateur du monde des médias ». Internet propose une information en temps réel, enrichie et plus large qui oblige les médias traditionnels à évoluer, sans pour autant remettre en cause leur utilité et leur légitimité pour donner à l’information les repères nécessaires aux citoyens. Internet est un « média pluriel », qui se nourrit et vit de liberté. Il est vain de vouloir le contrôler, mais il faut apprendre à le canaliser en gardant l’esprit critique.

  

 

 

 
 

Du point de vue économique, Internet nous a fait rentrer dans un monde instantané, globalisé et dématérialisé où dominent les innovations de rupture (disruptions), qui permettent une nouvelle domination des marchés. Là encore, David Lacombled appelle à la promotion de modèles ouverts, équitables et diversifiés  » qui libèrent les énergies, plutôt que de les fermer et les formater ».

 

Enfin, l’émergence du numérique doit nous conduire à repenser l’enseignement et l’éducation dans la logique d’ »apprendre à apprendre ». Les dix droits et principes de la charte établie par la Coalition Dynamique Droits et Principes d’Internet (IRP) sont, selon David Lacombled, une condition nécessaire, mais pas suffisante « pour faire d’internet un espace humain à part entière ». Il faut que chacun prenne sa part de responsabilité pour créer un véritable « savoir-vivre  » d’internet, « un art de vivre numérique » reposant sur la résistance, la compréhension et la créativité, pour qu’Internet  » soit un lieu à vivre mieux dans le monde », et demeure l’espace « le plus humain possible ».

 

Source : www.nicolasbordas.fr/  

 

 

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